« Un film tranchant comme une tragédie antique. » (La Croix)

Ju Dou

Un film de Zhan Yi-Mou

Sortie en salles : 2 septembre 2020
1990 | Chine | Drame | 95 min | 1,66:1 | Dolby
Couleur | VOSTF | Visa n°74 626 | Titre original : 菊豆

Dans la Chine rurale des années 1920, Ju Dou est achetée par Yang Jin-shan, le vieux propriétaire d’une teinturerie qui rêve d’avoir un héritier mâle. Parce qu’elle tente de résister à ses assauts, la jeune femme subit régulièrement les déchaînements de violence de son mari. Elle se réfugie dans les bras du neveu de ce dernier, qui vit sous le même toit et essuie également les brimades du vieil homme.

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Ju Dou - Affiche

À propos du film (par Olivier Père)

« Les débuts de la carrière de Zhang Yimou l’imposent d’emblée comme un esthète de l’image, de la couleur et du cadre. Son cinéma s’inspire de la calligraphie et de l’opéra chinois. Ses personnages sont des signes, comme des idéogrammes sur une toile, à la fois symboles, corps et idées. Le moindre mouvement est chorégraphié. Cette recherche de la beauté permanente et du symbolisme n’exclut pas la dimension émotionnelle d’un film comme Ju Dou, à la cruauté exacerbée. Ju Dou se déroule dans la campagne chinoise des années 20. Le patron d’une fabrique de tissus torture chaque nuit sa belle et jeune épouse qu’il accuse de ne pas lui donner d’héritier, alors qu’il est impuissant. La jeune femme va se donner au neveu de son maître, et tomber enceinte de son amant. Le thème de la femme opprimée et martyrisée par une société machiste et archaïque traverse la filmographie de Zhang Yimou première période. Ses héroïnes sont des victimes mais aussi des combattantes capables d’une grande violence pour échapper à leur condition. Ju Dou se venge du vieillard sadique qui l’a achetée et accède enfin au plaisir sensuel dans les bras de son amant, mais le destin finira par briser cet éphémère bonheur. Il faut reconnaître à Zhang Yimou un certain génie de scénographe. Les corps et les tissus, les teintures se mêlent avec une virtuosité extraordinaire. Mais dans Ju Dou il témoigne aussi d’un vrai talent de dramaturge, en convoquant les dieux et la loi des hommes qui vont contrarier l’amour passionnel et interdit du couple illégitime. Les premiers films de Zhang Yimou sont indissociables de Gong Li, égérie et compagne du cinéaste. L’actrice chinoise s’y révèle sublime et bouleversante. Ju Dou compte parmi les plus grands rôles de Gong Li, dont la beauté époustouflante ne doit pas faire oublier les talents de tragédienne. »

ZHANG YIMOU:

Zhang Yimou doit suspendre ses études lorsque la Révolution Culturelle Chinoise éclate en 1966. Il passe 3 ans à travailler dans une ferme, puis 7 ans dans un atelier de tissage. Durant ces dures années, il se découvre un véritable amour pour la photographie. En 1982, diplômé de l’Institut du Cinéma de Pékin, Zhang Yimou débute en tant que directeur de la photographie et se fait rapidement remarquer avec Terre jaune et La Grande parade, tous deux réalisés par son contemporain et camarade Chen Kaige.

Sa première œuvre, Le Sorgho rouge, gagne l’Ours d’or au Festival de Berlin de 1998 et lui donne aussitôt un rayonnement international. Ce film est aussi celui qui marque la construction commune de deux carrières : la sienne et celle de son épouse et muse, Gong Li. Chacun de ses films est l’occasion de la mettre en valeur et de prolonger esthétiquement sa contemplation. Après ce premier rôle, il fait jouer l’actrice dans Ju Dou en 1989 et Epouses et Concubines en 1991 (Lion d’argent au Festival de Venise), où il exprime par ailleurs un grand raffinement formel dans la composition du cadre. Il la dirige à nouveau dans le plus spontané Qiu Ju une femme chinoise en 1992 (Lion d’or cette fois), puis dans Vivre (Grand Prix du jury au Festival de Cannes 94) et dans Shanghai Triad en 1995. Yimou alterne dès lors une approche filmique âpre et réaliste avec Pas un de moins, qui remporte le Lion d’or au Festival de Venise 99, et la comédie (Happy times).

En 2003, Zhang Yimou s’attaque au wu xian pian, le film de sabre chinois traditionnel avec Hero, pour lequel il dirige entre autres Jet Li, Maggie Cheung et Tony Leung Chiu Wai, puis Le Secret des poignards volants. Producteur de 2046 de Wong Kar-Wai, Zhang Yimou continue en parallèle d’alterner projets de grandes ampleurs et œuvres un peu plus confidentielles. Il réalise ainsi La Cité interdite, plus gros budget de l’histoire du cinéma chinois, puis enchaîne avec Riding alone for thousands of miles au financement nettement plus modeste.

En 2009, Zhang Yimou réalise le remake de Sang pour Sang des frères Coen, A Woman, A Gun And A Noodle Shop, puis deux ans plus tard livre le film de guerre Sacrifices of war, porté par Christian Bale. Le metteur en scène s’attaque ensuite à Coming Home, un drame dans lequel Gong Li campe une femme amnésique. Variant les genres, Zhang Yimou enchaîne en 2017 avec un blockbuster au casting international, La Grande Muraille avec Matt Damon, film alors le plus cher jamais tourné en Chine avec un budget de 135 millions de dollars.

GONG LI :

Issue d’une famille d’enseignants, Gong Li se destine d’abord au chant mais elle intègre finalement l’Académie dramatique de Pékin en 1985. Avant même d’avoir terminé sa formation, elle est choisie par Zhang Yimou pour jouer dans Le Sorgho rouge (1987), film qui remporte le Lion d’Or à Berlin. La comédienne devient dès lors la muse de ce réalisateur dont elle devient la compagne, et interprète tour à tour des rôles d’épouse soumise (Epouses et Concubines, 1991) ou révoltée (Vivre, 1994), de paysanne (Qiu Ju une femme chinoise, 1992) ou de chanteuse de cabaret (Shanghai Triad, 1995).

Gong Li et Zhang Yimou forment pendant plusieurs années un couple célèbre et courageux face à la censure de leur pays, mais finissent par se séparer. Elle travaille alors avec d’autres cinéastes chinois majeurs comme Chen Kaige (L’Empereur et l’assassin, 1999) et Wong Kar-Wai dans 2046 (2004).

Tout en ayant refusé une carrière hollywoodienne, Gong Li ne rechigne pas à prêter ses traits pour la publicité ou à se rendre dans des festivals internationaux. Sa beauté et son jeu subtil l’ont propulsée au rang de star mondiale, auréolée de la coupe Volpi de la meilleure actrice à Venise en 1992 pour Qiu Ju une femme chinoise. Elle est d’ailleurs la première femme chinoise à avoir fait la couverture du Times. En 2005, Gong Li joue pour la première fois dans un film américain, séduite par la proposition de Rob Marshall qui lui offre un rôle Mémoires d’une geisha (2005).