LES GALETTES DE PONT-AVEN
Un film de Joël Séria
1975 | France | Comédie dramatique | 105 min | 1.66 | mono
couleur | VF | Visa n°44135
Henri Serin, un représentant en parapluie, mène une vie tranquille entre son travail, sa famille et sa peinture. Henri s’octroie, durant ses nombreux déplacements professionnels, quelques frasques amoureuses qui le changent du quotidien lassant dans lequel sa femme l’enferme.
Un beau jour, Henri décide de tout laisser tomber pour vivre d’amour et d’eau fraîche. Il échoue à Pont-Aven et fait la connaissance d’Émile, un peintre local imitant Gauguin…
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LES GALETTES DE PONT-AVEN : LIBERTÉ, DÉSIR ET MÉLANCOLIE
Avec Les Galettes de Pont-Aven, Joël Séria signe en 1975 l’un des films les plus singuliers de son cinéma, porté par un Jean-Pierre Marielle au sommet de son art. À la fois comédie truculente, récit de liberté et portrait d’un homme en pleine remise en question, le film s’est imposé au fil des années comme un film culte du cinéma français des années 1970.
Henri Serin est représentant en parapluies, marié, père de famille et peintre amateur. À la suite d’un événement qui bouleverse son quotidien, il prend la route et finit par arriver à Pont-Aven, en Bretagne. Cette échappée va progressivement lui permettre de se confronter à ce qu’il désire réellement et à une vie qu’il n’avait jusque-là jamais vraiment osé choisir.
Derrière son humour volontiers provocateur et ses situations grivoises, Les Galettes de Pont-Aven raconte avant tout un homme qui cherche à reprendre possession de sa vie. Henri Serin quitte peu à peu les habitudes et les conventions qui l’enfermaient pour se laisser guider par ses envies, ses rencontres et surtout par la peinture.
C’est cette liberté de ton qui fait encore aujourd’hui la force du film. Joël Séria ne cherche pas à rendre son personnage particulièrement sympathique ou exemplaire. Henri Serin est tour à tour drôle, ridicule, touchant, maladroit et profondément humain. À travers lui, le cinéaste dresse le portrait d’un homme ordinaire qui, arrivé à la quarantaine, ressent le besoin de tout remettre en question.
Le film appartient pleinement à la France des années 1970. Il en porte l’esprit de liberté, le goût de la transgression et le rejet des conventions, tout en laissant apparaître une certaine mélancolie. Derrière les situations comiques et les personnages hauts en couleur, Séria observe les bouleversements d’une époque où les rapports entre les hommes et les femmes sont en pleine évolution.
La Bretagne occupe une place essentielle dans cette transformation. Pont-Aven, ses paysages, ses cafés, ses routes et ses habitants offrent à Henri un environnement nouveau, loin de son quotidien. La peinture devient alors un moyen de regarder le monde autrement, mais aussi de se regarder lui-même. Le personnage de peintre amateur accompagne son désir de liberté et sa volonté de sortir du rôle qu’il s’était construit.
Au centre du film, Jean-Pierre Marielle livre une interprétation devenue emblématique. Avec sa voix, sa présence physique et son mélange unique d’assurance et de fragilité, il donne à Henri Serin une dimension qui dépasse largement le personnage de comédie. Il compose un homme à la fois drôle, paumé, sensuel et touchant, dont les contradictions font toute la richesse.
Face à lui, Bernard Fresson, Jeanne Goupil et Andréa Ferréol participent à cette galerie de personnages qui fait la singularité du film.
Mais réduire Les Galettes de Pont-Aven à sa dimension sexuelle ou à son humour serait passer à côté de ce qui en fait la singularité. Sous les provocations et les situations burlesques se dessine le portrait d’un homme qui cherche simplement à vivre autrement. Comme le résumait Joël Séria lui-même : « il y a également de la tendresse dans ce film ».
Le film est également marqué par la photographie de Marcel Combes et la musique de Philippe Sarde, qui accompagnent les errances d’Henri entre paysages bretons, rencontres et moments de solitude.
Près de cinquante ans après sa sortie, Les Galettes de Pont-Aven conserve une liberté de ton assez rare. Son humour, ses dialogues, son personnage principal et son regard sur les rapports entre les hommes et les femmes lui ont permis de traverser les générations sans perdre son caractère irrévérencieux.
Comédie populaire, film de mœurs et portrait mélancolique d’un homme en quête de liberté, Les Galettes de Pont-Aven reste l’une des œuvres les plus représentatives du cinéma de Joël Séria et l’un des grands rôles de Jean-Pierre Marielle. Un film à redécouvrir aujourd’hui avec tout ce qui fait son charme : son insolence, sa tendresse, sa liberté et son incroyable sens du personnage.
À PROPOS DE JOËL SÉRIA
Formation :
Préalablement à sa carrière cinématographique, Joël Séria a travaillé dans le petit commerce. Marchand forain de sous-vêtements féminins, représentant de commerce à Angers, ces expériences lui inspirent la plupart de ses films. Attiré par le métier d’acteur, Joël Séria délaisse son Anjou natal pour Paris dans le courant des années 1960 et décroche de petits rôles au théâtre, au cinéma et à la télévision. Boxeur amateur, il réalise, en 1969, avec l’aide de l’actrice Jean Seberg, Shadow, un court métrage sur le « noble art ».
Carrière au cinéma :
Principalement dans les années 1970, Joël Séria est le réalisateur de films populaires, joyeux et provocateurs, dont quatre longs métrages avec son acteur fétiche, Jean-Pierre Marielle, notamment Les Galettes de Pont-Aven.
En 1970, Joël Séria tourne Mais ne nous délivrez pas du mal. Dans ce premier long métrage, il règle ses comptes avec les valeurs bienpensantes et cléricales, inspiré par dix années passées en institution catholique dans sa jeunesse. Sulfureux, instinctif, agressif et provocateur Mais ne nous délivrez pas du mal qui sort après sept mois de censure au début de l’année 1972, jouit d’un accueil très prometteur, autant critique que public.
Après l’adolescence, ce sont ses débuts professionnels qui inspirent ses réalisations suivantes. La première d’entre elles, Charlie et ses deux nénettes, sort en 1973. Au parisianisme en vogue dans le cinéma français des années 1960-1970, le réalisateur préfère les milieux populaires de province, ses bistrots et ses lieux d’échange. Reconnu par la critique, ce film, qui célèbre le petit monde des commerçants forains ainsi que le bonheur dans la polygamie…
Pour le film suivant, Joël Séria – qui devient pour l’occasion son propre producteur – opte pour une réalisation plus commerciale, Les Galettes de Pont-Aven (1975). Pour y parvenir, il cumule de nombreux atouts : budget deux millions de francs, tournage carte-postale dans la « cité des peintres » et distribution nationale assurée par UGC. La palette d’acteurs séduit les spectateurs. Jean-Pierre Marielle, acteur vedette de cette première moitié des années 70 (Comment réussir quand on est con et pleurnichard ; La Valise ; Que la fête commence ; Dupont Lajoie…) en est la tête d’affiche. A ses côtés se distinguent Bernard Fresson (French connection 2), Claude Piéplu (La Moutarde me monte au nez), Andréa Férreol (La Grande bouffe) et Dominique Lavanant, alors jeune-première venue du café-théâtre. Comme pour ses précédentes oeuvres, le film est en partie autobiographique : familier de la Bretagne depuis l’enfance, Joël Séria filme les aventures cocasses d’un VRP en parapluies, artiste peintre grand amateur de modèles callipyges, qui cherche à se libérer de sa condition de mari et père de famille.
L’année suivante, Joël Séria offre à Jeanne Goupil, le rôle-titre de Marie-Poupée, un film – ambitieux et personnel – sur le fétichisme. Puis Joël Séria tourne en 1977 : … Comme la lune. Pour sa troisième collaboration avec l’auteur des Les Galettes de Pont-Aven, Jean-Pierre Marielle reprend son rôle d’idiot poétique, de « con » tendre et charmant.
Exception faite d’un film de commande qui le plonge dans l’univers de Frédéric Dard (San Antonio ne pense qu’à ça, 1981), Joël Séria s’éloigne du Septième art pendant dix ans, période où il se tourne vers la télévision. En 1987, il revient avec Les Deux crocodiles, un « rocambolesque western breton » (Le Figaro) animé par le duo Jean-Pierre Marielle / Jean Carmet. Potache et grivoise, cette comédie – produite par Alain Sarde – ne parvient pas à restituer « l’anarchisme rabelaisien » des Galettes de Pont-Aven. 23 ans après, Joël Séria retrouve les souvenirs de son enfance, en signant en 2009 une chronique respectueuse sur son ancienne maitresse d’école Mumu, interprétée par Sylvie Testud.
JEAN-PIERRE MARIELLE : UNE FIGURE INCONTOURNABLE DU CINÉMA FRANÇAIS
Jean-Pierre Marielle est un acteur français né le 12 avril 1932 à Paris et mort le 24 avril 2019 à Saint-Cloud. Figure majeure du cinéma français, il s’est imposé par une présence immédiatement reconnaissable, une voix emblématique et un jeu capable de passer de la comédie au drame avec une grande finesse.
Après une formation au Conservatoire national supérieur d’art dramatique, il commence sa carrière au théâtre avant de multiplier les apparitions au cinéma dans les années 1950 et 1960. Il travaille ensuite avec de nombreux réalisateurs, parmi lesquels Jean-Pierre Melville, Louis Malle, Yves Robert, Bertrand Blier et Claude Chabrol.
Sa carrière est marquée par une grande diversité de rôles. Longtemps associé aux personnages de séducteurs, de bourgeois ou de Français moyens aux prises avec leurs contradictions, il développe au fil des années un style fondé sur l’ironie, la fragilité et une certaine mélancolie.
Dans Les Galettes de Pont-Aven, il interprète Henri Serin, un représentant en parapluies marié et père de famille qui décide de quitter son quotidien pour prendre la route. Arrivé en Bretagne, il se découvre une nouvelle liberté à travers ses rencontres et sa passion pour la peinture. Jean-Pierre Marielle donne au personnage une profondeur qui dépasse largement la comédie : Henri est à la fois drôle, maladroit, sensuel, désabusé et profondément touchant.
Son interprétation constitue l’un des grands atouts du film. Avec son allure, sa voix et son mélange d’assurance et de vulnérabilité, Marielle fait d’Henri Serin un personnage immédiatement identifiable et profondément humain. Il accompagne avec justesse les différentes facettes de cet homme qui cherche à échapper aux conventions et à reprendre possession de sa vie.
Au cours de sa carrière, Jean-Pierre Marielle travaille avec certains des plus grands cinéastes français et partage l’affiche avec de nombreux acteurs et actrices majeurs de sa génération. De Un drôle de paroissien à Les Galettes de Pont-Aven, de Coup de torchon à Les Grands Ducs, il construit une filmographie riche où l’humour côtoie régulièrement une vraie gravité.
Avec Les Galettes de Pont-Aven, Jean-Pierre Marielle signe l’un de ses rôles les plus emblématiques. Son interprétation contribue largement à faire du film de Joël Séria une œuvre culte du cinéma français, dont le personnage principal reste indissociable de son interprète.
BERNARD FRESSON : UN ACTEUR DE CARACTÈRE
Bernard Fresson est un acteur français né le 27 mai 1931 à Reims et mort le 20 octobre 2002 à Paris. Acteur de théâtre, de cinéma et de télévision, il s’est distingué par une présence forte et une interprétation à la fois sobre, précise et habitée.
Après des études de droit, il se tourne vers le théâtre et intègre le Conservatoire national supérieur d’art dramatique. Il commence à apparaître au cinéma à la fin des années 1950 et se fait rapidement remarquer par des réalisateurs comme Alain Resnais, Costa-Gavras, Claude Sautet ou Jean-Pierre Melville.
Sa filmographie témoigne d’une grande variété de registres. Il incarne aussi bien des personnages autoritaires ou inquiétants que des hommes ordinaires confrontés à leurs propres contradictions. Cette capacité à donner de l’épaisseur à des rôles parfois secondaires en fait l’un des acteurs de caractère importants du cinéma français.
Dans Les Galettes de Pont-Aven, Bernard Fresson interprète Émile, l’un des personnages qui accompagnent Henri Serin dans son parcours. Sa présence s’inscrit pleinement dans l’univers de Joël Séria, fait de personnages populaires, de situations décalées et d’une observation parfois mordante des rapports humains.
Face à Jean-Pierre Marielle, Bernard Fresson apporte une énergie plus directe, qui participe à l’équilibre du film. Son jeu contribue à donner aux scènes une dimension à la fois comique et réaliste, sans jamais réduire les personnages à de simples figures de comédie.
Au cours de sa carrière, Bernard Fresson travaille avec de nombreux grands réalisateurs français et étrangers et partage l’écran avec des acteurs comme Jean-Paul Belmondo, Catherine Deneuve, Romy Schneider ou Lino Ventura.
Sa présence dans Les Galettes de Pont-Aven participe ainsi à la richesse de cette galerie de personnages, essentielle à l’atmosphère du film de Joël Séria.
JEANNE GOUPIL : UNE INTERPRÈTE EMBLÉMATIQUE DE JOËL SÉRIA
Jeanne Goupil est une actrice française particulièrement associée au cinéma de Joël Séria, dont elle devient l’une des interprètes importantes. Son jeu, à la fois naturel, libre et spontané, correspond parfaitement à l’univers du réalisateur.
Elle débute au cinéma au début des années 1970 et se fait rapidement remarquer dans des films qui jouent avec les conventions de la comédie et du cinéma de mœurs. Sa présence à l’écran se distingue par une grande fraîcheur et une liberté de ton qui lui permettent d’incarner des personnages féminins éloignés des représentations traditionnelles de l’époque.
Dans Les Galettes de Pont-Aven, elle interprète Marie, l’une des rencontres qui jalonnent le parcours d’Henri Serin. Son personnage participe à cette succession de rencontres qui vont progressivement éloigner Henri de son ancienne vie et l’amener à découvrir d’autres façons de vivre et d’aimer.
Jeanne Goupil apporte au film une présence à la fois directe et sensuelle, sans jamais forcer le trait. Elle s’inscrit dans le ton particulier de Joël Séria, où la provocation et l’humour sont constamment traversés par une certaine tendresse.
Sa collaboration avec le réalisateur se poursuit notamment dans Comme la lune, où elle retrouve Jean-Pierre Marielle. Elle devient ainsi l’une des figures associées à cet univers cinématographique, fondé sur des personnages populaires, le désir, la liberté et les contradictions de la vie quotidienne.
Dans Les Galettes de Pont-Aven, sa présence contribue à l’équilibre du film et à la richesse de ses personnages féminins. Aux côtés de Jean-Pierre Marielle, elle participe à cette atmosphère particulière qui mêle humour, sensualité et mélancolie.