SATYRICON

Un film de Federico Fellini

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1969 | Italie/France | Comédie dramatique, péplum | 124 min | 2,35:1 (Panavision) | Dolby
Couleur (DeLuxe) | Titre original : Fellini Satyricon

Dans la Rome antique, Encolpe et Ascylte, deux étudiants qui cohabitent dans le quartier souterrain de Subure où ils vivent de rapines, se disputent les faveurs de leur jeune esclave Giton.

Les trois comparses, tour à tour désunis et réunis, vont vivre différentes histoires au gré de leurs rencontres.

SATYRICON - Affiche

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A Propos :

Après des films comme La Strada et La Dolce Vita, Federico Fellini opère un tournant radical vers un cinéma de l’excès, du débordement, en tournant son Satyricon en pleine période de libération sexuelle et de trips psychédéliques. Le baroque visible dans ses autres films atteint ici son paroxysme. Comme l’écrit Olivier Père dans les Inrocks, « en adaptant Pétrone, Fellini livre une sorte de version antique et hallucinée de La Dolce Vita plus proche de la science-fiction, de la pop culture et du cinéma fantastique que du péplum traditionnel.  Satyricon organise une visite guidée de la Rome décadente, de ses vices et de ses excès, mais aussi des propres obsessions du réalisateur. »

En effet, Fellini a expliqué que, gravement malade, il avait retrouvé l’inspiration grâce à ce récit de Pétrone, lu pendant sa jeunesse. Satyricon est le premier roman picaresque européen. Ecrit sous Néron, vers le milieu du premier siècle, seulement deux fragments des livres XV et XVI nous sont parvenus; le festin chez Trimalcion occupe plus de la moitié des vers. Fellini indique que l’aspect lacunaire de l’œuvre l’avait fasciné car elle permettait d’imaginer les épisodes manquants. C’est ce délire d’imagination qui fait la force du film.

Cela rejoint les propos du maestro, qui déclare lors de la sortie du film qu’il s’agit d’« une grande galaxie onirique, une sorte d’essai de science-fiction du passé, un voyage dans un monde mystérieux », où les personnages, avec leurs costumes et leurs maquillages outranciers, transcendés par la lumière de Giuseppe Rotunno, sont d’une beauté monstrueuse. Encople et Ascylte deviennent alors les témoins et les acteurs de cette tragi-comédie dantesque, menée à travers une série de tableaux.

Fellini trouve dans les valeurs esthétiques de la Rome de la décadence (la surcharge, le foisonnement) des solutions nouvelles qu’il applique avec générosité à toutes les formes d’art. Satyricon multiplie en effet les références aux autres arts : du récit (le corps du mari prenant la place du pendu pour sauver l’amant) à la peinture (les multiples fresques), en passant par le théâtre (les scènes cruelles du théâtre de Vernaccio) et les jeux du cirque (le faux Minotaure). Chaque scène, orgie ou autre bataille flamboyante est en effet un sommet d’expérimentation plastique. Dans chaque recoin de l’image se cache un détail comique, ou tragique, alors que les personnages regardent vers nous avec curiosité, comme pour nous dire : sommes-nous les seuls à être étranges ?

Loin d’être une œuvre malade, le Satyricon est bien plutôt une œuvre de renaissance, première d’une série de films où le cinéaste se veut totalement novateur (Fellini Roma, Amarcord, Le Casanova de Fellini).

 

 

FEDERICO FELLINI

Issu de la petite bourgeoisie italienne, Federico Fellini entame une carrière de journaliste. Puis il se lance rapidement dans l’écriture de scénarios. Il fait la connaissance d’une jeune actrice, Giulietta Masina, qu’il épouse en 1943. A la même époque, il fait deux autres rencontres déterminantes : celles de Roberto Rossellini puis d’Alberto Lattuada. Pour le premier, il co-écrit le scénario de Rome ville ouverte (1945) et pour le second celui de Sans pitié (id.). En 1948, il participe à l’écriture du film à sketches de Roberto Rossellini et Marcello Pagliero, Amore. Après ces débuts dans le drame néoréaliste, Fellini choisit le registre de la comédie pour sa première réalisation, Le Cheik blanc (1952).

Il devient célèbre avec La Strada (1954), œuvre originale qui s’inscrit dans la veine néoréaliste qu’affectionne Fellini dans les années 50. Dans Il Bidone (1955) et Les Nuits de Cabiria (1957), il dépeint des personnages usés par la vie en quête de rédemption et d’amour. Les mélodies de Nino Rota, compositeur attitré du réalisateur, accompagnent les protagonistes dans leur dérive.

En 1960, Fellini fait scandale avec La Dolce Vita. Marcello Mastroianni y interprète un journaliste désabusé en proie aux turpitudes de la société dans laquelle il vit. Le film remporte la Palme d’or au festival de Cannes et marque un tournant dans la carrière du réalisateur. Fellini exprime son amertume et ses angoisses. Il retrouve Mastroianni pour Huit et demi (1962), film fantasmagorique dans lequel il explore les affres de la création et du désir. Dans Satyricon (1969), il montre, au-delà de l’érotisme, la décadence et l’agonie d’un univers. Le monde de Fellini est marqué par la débauche et la démesure. Il est peuplé de femmes plantureuses et de personnages volubiles.

Les obsessions du maestro s’expliquent peut-être dans son interlude nostalgique, Amarcord (1974). Dans cette œuvre empreinte de mélancolie et de lyrisme, Fellini dresse une galerie des personnages qui ont marqué son enfance.
Par la suite, il laisse à nouveau place au cynisme avec le Casanova de Fellini (1976), dans lequel il démystifie le séducteur légendaire. La Cité des femmes (1979), explore l’univers féminin entre réalité et onirisme. Les deux films se répondent avec un certain pessimisme quant aux relations entre hommes et femmes. Fellini transfigure sa vision tragique de la vie et des relations humaines par les symboles, le merveilleux et la poésie.

Ginger et Fred (1985) et Intervista (1987) dressent le portrait pathétique de stars inspirées de Fred Astaire et Ginger Rogers. Avec ces deux films, le cinéaste approfondit le thème du temps qui passe et de la décrépitude. Ginger et Fred lui permet aussi de brosser une satire de la télévision et du star system. Dans Intervista, il évoque l’âge d’or des légendaires studios Cinecittà, auquel il a largement contribué.

Il achève sa carrière en 1990 avec La Voce della lunà, dans lequel il met en scène Roberto Benigni, avant de s’éteindre en 1993 à l’âge de 73 ans. 2020 est l’année du centenaire de Fellini, l’occasion de redécouvrir les chefs d’œuvre de ce réalisateur unique dans l’histoire du cinéma.

 

LES ACTEURS

Pour tenir les premiers rôles de son Satyricon, Fellini choisit de faire appel à deux débutants sur grand écran. Terence Stamp était pourtant son premier choix pour Encolpe, mais il refusa le rôle. Fellini se mit alors en quête d’un acteur au physique proche et jeta son dévolu sur Martin Potter, jeune Britannique de 25 ans dont la carrière sera ensuite faite de seconds rôles : Le Grand Sommeil de Michael Winner, Lady Oscar de Jacques Demy… Face à lui, pour Ascylte, le cinéaste fit appel à l’Américain Hiram Keller. C’est Franco Zeffirelli qui le premier avait remarqué le jeune homme dans les chœurs de la comédie musicale Hair. Il le présenta à Fellini qui fut rapidement conquis. Après Satyricon, Keller s’installa en Europe où il tourna notamment dans Une vraie jeune fille de Catherine Breillat. Photographié à de nombreuses reprises par Andy Warhol, celui qui était surnommé le Dorian Gray fellinien s’est éteint en 1997, à 52 ans.