L'AMOUR EXISTE / LA DOUCEUR DU VILLAGE

Affiche L'AMOUR EXISTE / LA DOUCEUR DU VILLAGE

Un programme de deux documentaires qui nous livre un portrait de la société des années 60s .

Maurice PIALAT, avec son premier film « L’amour du village », nous dresse un constat critique teinté de poésie sur l’urbanisation des banlieues . « La douceur du village » de François REICHENBACH  nous plonge de son côté, dans le quotidien d’un village de campagne à travers le regard d’un instituteur.

 

 * L'AMOUR EXISTE de M. Pialat (Prix Louis Delluc 1960 – Prix Mostra de Venise 1961)
 * LA DOUCEUR DU VILLAGE de F. Reichenbach (Monté par Chris Marker)  Palme D'Or du court métrage à Cannes 1964

 

 

 

L'AMOUR EXISTE

SYNOPSIS :

Entre Pantin, Courbevoie, et la périphérie Est de Paris, ce que propose Maurice Pialat dans ce film, ce n’est pas une étude de la banlieue mais une évocation, pour dire « le parachèvement de la ségrégation de classes » ; la promiscuité des appartements HLM « qu’on ne choisit pas » ; pour dire la vie de travailleurs qui n’ont que la « vieillesse comme récompense », et la mise à l’écart des centre-ville, là où les rares horizons sont ceux des zones industrielles et commerciales.

Réalisé en 1960 par Maurice PIALAT, L’AMOUR EXISTE a d’abord reçu le Prix Louis-Delluc avant d’être récompensé à la Mostra de Venise et de sortir en salles avec le film de Jean-Luc Godard Vivre sa vie en 1962.

Poème cinématographique, mélancolique et puissant

Parce que c’est un chef d’œuvre. Parce que ce n’est ni tout à fait un documentaire, ni un essai, c’est un poème cinématographique, mélancolique et puissant, qui s’articule autour des mots Maurice Pialat, des longs plans panoramiques dessinés par Gilbert Sarthre, et de la musique de Georges Delerue. C’est un film de 55 ans, dont le propos, politique, sur la banlieue, sur le quotidien des habitants de la périphérie reste vrai.

A l’écran, défilent doucement les images grises des heures de pointe dans les transports en commun, des embouteillages des vies pavillonnaires prêtes à tous les sacrifices pour échapper aux barres d’immeubles, quitte à se planter au bout d’une piste d’atterrissage d’Orly ou de Roissy. On voit des images des bidonvilles de Massy à la fin des années 1950 celles des barres HLM parfois quasiment aveugles. A ce moment du film, le commentaire de Maurice Pialat dit :

« Le paysage étant généralement ingrat. On va jusqu’à supprimer les fenêtres puisqu’il n’y a rien à voir ».

La banlieue comme « parachèvement de la ségrégation de classes »

Entre Pantin, Courbevoie, et la périphérie Est de Paris, ce que propose Maurice Pialat dans ce film magnifique, ce n’est pas une étude de la banlieue mais une évocation, pour dire « le parachèvement de la ségrégation de classes » ; la promiscuité des appartements HLM « qu’on ne choisit pas » ; pour dire la vie de travailleurs qui n’ont que la « vieillesse comme récompense », et la mise à l’écart des centre-ville, là où les rares horizons sont ceux des zones industrielles et commerciales. L’Amour existe est un film d’amour triste, rageur, sévère parfois, et lucide, comme Maurice Pialat.

Analyse de France Culture.

 

LA DOUCEUR DU VILLAGE

SYNOPSIS :

Loué, petite ville, à quelques kilomètres du Mans, François Reichenbach étudie le comportement des différents groupes sociaux qui la composent à travers l’activité de son instituteur et nous fait vivre la douce vie d’un jeune écolier de campagne.

LA DOUCEUR DU VILLAGE a été réalisé par françois REICHENBACH et a obtenu La Palme d'Or du court-métrage au Festival de Cannes en 1964.

D'hier et d'aujourd'hui

C'est une plongée rafraîchissante dans une France qui a pour ainsi dire disparu. Arrêtant ses pas dans le village de Loué, à quelques kilomètres du Mans, le citadin François Reichenbach évoque, sans le moindre regard paternaliste, les grandes étapes de la vie de Français ruraux en seize "leçons de choses". Avec humour et tendresse, il s'attache à un instituteur-citoyen qui, en formidable passeur et dépositaire du savoir, détaille à sa classe de garçons l'importance du mariage, l'omniprésence des commerçants au village, le caractère inéluctable de la mort, ou encore le comportement décent qu'il convient d'adopter avec les filles.

Cette radiographie d'avant mai 68 d'un bout de France coincée entre tradition et modernité n'est bien sûr pas sans rappeler le cinéma ethnographique de Jean Rouch et préfigure le point de vue humaniste d'un Raymond Depardon. Peu à peu, le protagoniste-narrateur, petit bonhomme vigoureux et charismatique, s'improvise "raconteur d'histoire" et introduit une dimension fictionnelle au cœur du documentaire. On pourrait ainsi s'intéresser à la trajectoire de ces deux jeunes amoureux et les laisser nous entraîner dans leurs aventures, ou encore comprendre quelle a été la vie de ce défunt qu'on enterre aujourd'hui… Le tout accompagné par la musique enlevée et mélodieuse de Michel Legrand.

Reichenbach nous invite donc à découvrir une France enclavée en passe d'accéder au "confort moderne", comme on l'appelait dans les années 60. Grâce à la voiture, à la radio et à la télévision, notre instituteur explique que les cultivateurs, nombreux dans la région, n'auront plus rien à envier aux citadins. Reste une question d'une formidable actualité à laquelle le narrateur – et donc le réalisateur – ne répond pas. Consacrant l'une de ses leçons aux "nomades", il s'interroge : "faut-il leur interdire le territoire et le droit de stationner ?" On ne peut évidemment s'empêcher de songer au sort des migrants d'aujourd'hui et à la précarité de leur statut. Finalement, sous ses airs de flânerie insouciante, La douceur du village est un document bien plus politique qu'il n'y paraît. Rien d'étonnant à ce qu'il ait obtenu la Palme d'Or du court métrage au festival de Cannes. Passionnant, donc, en plus d'être rafraîchissant.

Texte : Franck GARBAZ