Point Blank

Affiche Point Blank

Synopsis

A la suite d'un hold-up retentissant, Walker s'est fait doubler par son complice Reese qui s'est enfui avec sa femme et les 93 000 dollars du butin, après l'avoir laissé pour mort dans la prison désaffectée d'Alcatraz. Se remettant de ses blessures, Walker n'a désormais plus qu'une idée en tête : assouvir sa vengeance. Aidé par un mystérieux individu, il comprend peu à peu que Reese n'est qu'un rouage d'une gigantesque entreprise criminelle, l'Organisation…

point_blank_photo_01point_blank_photo_02point_blank_photo_03point_blank_photo_04point_blank_photo_05point_blank_photo_06point_blank_photo_07point_blank_photo_08point_blank_photo_09point_blank_photo_10point_blank_photo_11point_blank_photo_12point_blank_photo_13point_blank_photo_14point_blank_photo_15point_blank_photo_16point_blank_photo_17point_blank_photo_18point_blank_photo_19point_blank_photo_20

John Boorman, entre l'homme et la nature

Tout en s'attirant souvent les faveurs du grand public, John Boorman a constamment cherché à expérimenter des formes nouvelles et à dynamiter les codes et les genres hollywoodiens.

Né près de Londres en 1933, il fait ses études chez les Jésuites avant d'être critique de cinéma, puis monteur pour la BBC. En 1965, il tourne son premier long-métrage, Sauve qui peut, qui se distingue déjà par son inventivité

Deux ans plus tard, Lee Marvin, conquis par le style visuel du jeune cinéaste, impose ce dernier sur Le Point de non-retour. C'est encore grâce à l'acteur que Boorman enchaîne avec Duel dans le Pacifique (1968), étrange face-à-face entre deux soldats — l'un Américain, l'autre Japonais — sur une île du Pacifique durant la dernière guerre.

Après le déconcertant Leo the Last (1970), fable satirique campée par Mastroianni, le réalisateur signe Délivrance (1973), fascinante méditation sur l'échec de la civilisation face à la violence. Frappant l'imaginaire des spectateurs par plusieurs scènes-chocs, le film est un triomphe.

Si Zardoz (1973), fable d'anticipation d'une grande noirceur, et L'Exorciste II : L'Hérétique, ne séduisent pas le public, Boorman livre, avec Excalibur (1981), sa vision féerique du mythe arthurien. Somptueux livre d'images, le film est aussi une passionnante réflexion sur le pouvoir.

Avec La Forêt d'émeraude (1985), le cinéaste exprime sa fascination pour la civilisation amazonienne : jamais il n'aura autant évoqué sa nostalgie " d'un âge d'or perdu où une relation magique existait entre l'homme et la nature ". Deux ans plus tard, Hope and Glory est l'émouvante chronique autobiographique d'un petit garçon pendant le blitz londonien.

Après Tout pour réussir (1990) et Rangoon (1995), qui déçoivent ses admirateurs, le réalisateur revient en grande forme avec Le Général, portrait tout en nuances d'un des plus redoutables caïds de la pègre irlandaise, tourné dans un très beau noir et blanc : le film décroche le prix de la mise en scène au festival de Cannes et remporte un succès mérité.

En 2001, Boorman signe une adaptation de John LeCarré, avec The Tailor of Panama : jouant avec l'image du comédien Pierce Brosnan, interprète de James Bond, le cinéaste réussit une comédie d'espionnage, dans la droite ligne d'Alfred Hitchcock. On attend The Tiger's Tail, dont la sortie est prévue en 2007, avec impatience…

Lee Marvin, le plus beau des affreux

Lee Marvin est sans doute l'un des méchants de cinéma qu'on a le plus aimé détester. Il compose avec délectation de dangereux sadiques et des brutes épaisses qui lui attirent le plus souvent les faveurs du public. Né en 1924, il sert comme marine pendant la Seconde Guerre Mondiale. Grièvement blessé pendant la bataille du Pacifique, il s'intéresse au théâtre pendant sa convalescence : après la guerre, on le verra à Broadway dans des pièces comme Billy Budd et Un tramway nommé Désir. Dès les années 50, il promène son visage inquiétant dans des westerns ou des polars : ses personnages de gangster psychopathe dans Règlements de compte (1953) de Fritz Lang et de motard déjanté dans L'Equipée sauvage (1954) de Laslo Benedek sont encore dans toutes les mémoires. Sa décontraction naturelle alliée à sa dureté et son physique imposant sont formidablement utilisés par les réalisateurs. Il lui faut pourtant attendre la décennie suivante pour accéder au statut de star : il incarne un tueur froid et professionnel dans A bout portant (1964) de Don Siegel, avant de décrocher un Oscar pour son double rôle dans Cat Ballou d'Elliot Silverstein. Il continue à tourner pour les metteurs en scène les plus audacieux, comme John Boorman pour Le Point de non-retour (1967), mais reste l'un des comédiens fétiches de Robert Aldrich, de Attaque (1956) aux Douze salopards (1967) et à L'Empereur du nord (1973). Il tourne même en France sous la direction d'Yves Boisset dans Canicule, et décède en 1987 d'une crise cardiaque à l'âge de 63 ans.

Angie Dickinson, le charme sensuel et sophistiqué

Née en 1931, elle remporte un concours de beauté avant de faire ses débuts au cinéma au milieu des années 50. C'est Samuel Fuller qui la remarque dans plusieurs séries B et lui offre son premier grand rôle dans China Gate en 1957. L'année suivante, elle partage l'affiche de Rio Bravo de Howard Hawks, où ses jambes interminables, assurées par la Lloyd's, lui valent l'attention des médias… Prise sous contrat à la Warner, elle tourne plusieurs films d'inégale qualité, mais se distingue en maîtresse de Ronald Reagan dans A bout portant (1964) de Don Siegel. De 1974 à 1978, elle est l'héroïne de la série télévisée Sergent Anderson. On l'a également vue dans plusieurs films français comme Un homme est mort (1972) de Jacques Deray ou L'Homme en colère (1979) de Claude Pinoteau. Elle trouve son dernier rôle mémorable dans Pulsions (1980) de Brian DePalma, où elle incarne une femme perturbée, sauvagement assassinée à coups de rasoir…

Le premier néo-polar

Les films-cultes naissent souvent d'une rencontre improbable : Le Point de non-retour n'échappe pas à la règle. Car qui aurait cru que Lee Marvin, qui a trimballé sa gueule de tueur implacable chez Fritz Lang et Robert Aldrich, confierait les pleins pouvoirs à un jeune metteur en scène anglais complètement inconnu ? C'est pourtant grâce à l'intuition du comédien que John Boorman a pu signer en toute liberté son adaptation d'une rare audace d'un roman médiocre de Richard Stark, alias Donald E.Westlake.

Sorti au même moment que Bonnie and Clyde, Le Point de non-retour est un polar qui prend autant les conventions du genre à rebrousse-poil que le chef d'oeuvre d'Arthur Penn. Réflexion sur le désir de vengeance et la violence comme fatalité, le film nous plonge dans l'univers mental du protagoniste. D'où ces plans quasi fantasmatiques où Lee Marvin, filmé en contre-plongée, déambule dans un couloir, tandis que le claquement sec de ses pas résonne comme dans un rêve éveillé… Bousculant la linéarité de la narration, à la manière des cinéastes de la Nouvelle Vague, Boorman brouille constamment les pistes et nous précipite vers l'abîme. Plus minéral que jamais, Lee Marvin, presque mutique, devient l'incarnation même de la Vengeance. Il sera d'ailleurs à l'affiche du film suivant de Boorman, Duel dans le Pacifique.

Taxé de complaisance envers la violence, Le Point de non-retour n'est pas immédiatement reconnu comme l'oeuvre visionnaire qu'elle est. Ce qui ne l'a pas empêché d'influencer plusieurs cinéastes, de Martin Scorsese à Quentin Tarantino, Steven Soderbergh, Bryan Singer et Christopher Nolan…