Rollerball

Affiche Rollerball

«Dans le futur, il n'y aura plus de guerre. Il y aura ROLLERBALL».

Un classique du cinéma d'anticipation des années soixante-dix.

Au début du 21ème siècle, les multinationales ont pris le pouvoir sur la planète. Toutes les décisions sont prises par un "conseil corporatiste" qui réunit les présidents des cartels.

Dans ce monde, la guerre et le crime ont été bannis et remplacés par un exutoire, un sport d'une extrême violence qui déchaîne la passion des foules : le ROLLERBALL.

Jonathan E. en est le meilleur joueur. Adulé des foules, il finit par inquiéter les cadres des cartels qui voient en lui une menace potentielle pour leur pouvoir et vont tenter de s'en débarrasser en modifiant les règles du jeu.

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Norman Jewison - L'engagement avant tout

Né à Toronto, Norman Jewison fait des études de lettres et de musique avant de partir travailler à Londres comme scénariste et comédien. De retour au Canada, il s'impose comme réalisateur pour la principale chaîne de télévision publique. Après quelques films purement commerciaux, il signe Le Kid de Cincinnati (1965), avec Steve McQueen, et surtout Dans la chaleur de la nuit (1967) : plaidoyer antiraciste qui évite tout manichéisme simpliste, ce film justement oscarisé est porté par la partition de Quincy Jones et les chansons de Ray Charles.

Passant de L'Affaire Thomas Crown (1968), élégant thriller, à Un violon sur le toit (1971), Jewison prouve qu'il peut aborder tous les genres. Mais il affirme surtout son engagement à gauche avec trois films coups de poing : Rollerball (1975), qui met en garde contre les dérives du capitalisme débridé, F.I.S.T. (1978), qui alerte sur les liens malsains entre syndicalisme et mafia, et Justice pour tous (1979), qui épingle les dysfonctionnements du système judiciaire. Après un détour par une charmante comédie sentimentale, Eclair de lune (1987), il évoque les ravages de la guerre du Vietnam dans Un héros comme tant d'autres (1989). Se faisant plus rare à partir des années 90, il signe tout de même une nouvelle œuvre politique avec Crime contre l'humanité (2003), où Michael Caine campe un ancien tortionnaire nazi. L'engagement, toujours l'engagement…

James Caan - Le parrain du cinéma

Né en 1939 à New York, James Caan fait ses débuts off-Broadway, puis enchaîne avec quelques pièces à Broadway avant de travailler pour la télévision. Il tourne son premier long métrage en 1963, avec Irma La Douce de Billy Wilder, et se fait remarquer grâce à deux films de Howard Hawks : Ligne rouge 7000 (1965) et El Dorado (1967). Francis Ford Coppola lui confie alors un rôle dans Les Gens de la pluie (1969), où il campe un footballeur trépané.

Trois ans plus tard, Caan incarne le violent Sonny Corleone, frère d'Al Pacino, dans Le Parrain, ce qui lui vaut d'être cité à l'Oscar. Ayant révélé sa présence charismatique chez Coppola, il tient un rôle physique dans Rollerball (1975) de Norman Jewison et pratique les arts martiaux dans Tueur d'élite (1975) de Sam Peckinpah.

En 1980, il passe à la réalisation avec L'Impossible témoin, mais essuie un échec cuisant. Après un passage à vide, il retrouve Coppola dans Jardins de pierre (1987), puis enchaîne avec Dick Tracy (1990) de Warren Beatty. Avec Misery (1990) de Rob Reiner, il révèle un nouveau registre, en campant un écrivain à la merci d'une admiratrice psychopathe. Multipliant les rôles, il est un père meurtrier dansFlesh and Bones de Steve Kloves (1993) et surtout un caïd de la mafia se donnant des airs de respectabilité dans le somptueux The Yards (2000) de James Gray. Il n'est jamais aussi bon qu'avec ces personnages en demi-teinte, qu'on a envie de détester, mais qui suscitent aussi une certaine compassion…

John Houseman -L'homme-orchestre

Auteur, metteur en scène et producteur réputé dès ses 30 ans, John Houseman fonde avec Orson Welles le Mercury Theater en 1937 qui se taille une formidable réputation à New York. Tout en enseignant à la prestigieuse université de Vassar, il produit Too Much Johnson (1938) d'Orson Welles qui restera malheureusement inachevé.

Trois ans plus tard, il développe le scénario de Citizen Kane avec Herman Mankiewicz, puis sert de conseiller spécial sur le tournage. Peu après, suite à un désaccord avec Welles, Houseman quitte le Mercury Theater et devient vice-président des Productions David O. Selznick. Après la guerre, il produit plusieurs films à Hollywood, comme Lettre d'une inconnue (1948) de Max Ophüls, Les Amants de la nuit (1948) de Nicholas Ray, Les Ensorcelés (1953) de Vincente Minnelli, Les Contrebandiers de Moonfleet (1955) de Fritz Lang ou Propriété interdite (1967) de Sydney Pollack. Il revient régulièrement à New York, où il produit et met en scène des pièces de théâtre à Broadway et des téléfilms.

A 62 ans, il entame une nouvelle carrière d'acteur et fait ses débuts avec Sept jours en mai (1964) de John Frankenheimer. On le retrouvera ensuite dans Les trois jours du Condor (1975) de Sydney Pollack, Rollerball (1975) de Norman Jewison, Fog (1980) de John Carpenter ou Une autre femme (1988) de Woody Allen. Il disparaît en 1988, à l'âge de 86 ans, après une vie — très — bien remplie…

Rollerball - Les nouveaux jeux du cirque

A l'inverse des visions futuristes post-apocalyptiques, où l'espèce humaine a été quasi totalement éradiquée, Rollerball offre une vision de l'avenir bien plus subtile — mais guère plus réjouissante. Dans le monde de demain, les maladies, la faim, la misère et les guerres ont été définitivement éliminées. Et pour canaliser l'agressivité inhérente à l'être humain, les grandes multinationales qui dirigent désormais la planète ont réinventé les jeux du cirque : le Rollerball, capable d'hypnotiser trois milliards d'individus rivés à leurs postes de télévision. Tourné en pleine période de contestation du modèle consumériste, Rollerball est une formidable parabole sur les dérives du capitalisme le plus sauvage : les hommes acceptent désormais d'abandonner leur libre-arbitre en échange d'une promesse de sécurité et de "bonheur" aseptisé.

Comme les meilleurs films d'anticipation à dimension politique, de Fahrenheit 451 à Bienvenue à Gattaca, Rollerball nous interpelle sur les dangers d'une société normative qui, sous couvert d'annihiler la violence, prive les humains de leurs libertés individuelles. A l'image de Montag dans Fahrenheit 451, Jonathan (James Caan), pur produit des firmes toutes-puissantes qui l'emploient, prend progressivement conscience de son aliénation et se rebelle contre son créateur… Magnifique leçon d'humanisme, où le désir de liberté et la pulsion de mort qui anime chacun d'entre nous finissent par supplanter la soumission.

Grâce à une mise en scène au cordeau, les images ultraviolentes du Rollerball font écho à l'omniprésence des écrans. Car le film dénonce aussi le goût du voyeurisme d'une société qui vit ses émotions les plus fortes par procuration. Lorsque l'attention des hommes ne se focalise pas sur le spectacle brutal du sport dominant, ils se "divertissent" en mettant le feu à une forêt, lors d'une soirée mondaine. Que reste-t-il aux hommes, semble nous dire Norman Jewison, sinon le plaisir absurde d'un acte aussi gratuit ? Les accents inoubliables de la Toccata de Bach, qui ponctuent le dernier affrontement du Rollerball et tranchent avec la violence des images, nous rappellent qu'en d'autres temps l'homme a su élever son âme en accomplissant des chefs d'œuvre de l'art. La plus belle preuve de sa liberté.