SCUM

Affiche SCUM

 

"Longtemps ignoré des radars critiques français, le cinéaste anglais Alan Clarke a filmé la face la plus sombre de son pays. Trente ans après, il est temps de réévaluer l’apport d’un génie singulier qui a inspiré, entre autres, Gus Van Sant. Les Inrockuptibles

« Le film est autorisé aux adultes, sinon recommandé ».Le Monde

«Il est des visions que l’on n’oublie pas ». Le Point

 

photo 1photo 2photo 3photo 7photo 8
 

 

SYNOPSIS: 

Angleterre, années 1970. Trois jeunes, Carlin, Davis et Angel arrivent dans un borstal, un centre de détention pour mineur. Ils ont peur. Ils ont raison, car ils vont connaître l'enfer. Dans le centre, c'est la loi du plus fort, la loi du plus méchant, le règne de la terreur et de l'humiliation. Pris dans l'engrenage infernal d'un système sans issue, Carlin, Davis et Angel n'ont plus qu'un but : survivre.

A PROPOS:

Trois ans après la sortie en salle de Scum, le Criminal Justice Act 1982 abolissait les borstals.« Devant le féroce réalisme du film, les responsables de la BBC se sont dégonflés et ont interdit la diffusion. Les producteurs privés m'ont permis de refaire avec les mêmes équipes un film pour le grand écran ». ALAN CLARKE.Initialement produit par la BBC et réalisé à partir d'enquêtes réelles, Scum montre les conséquences dramatiques de l'isolement et des sévices innombrables distribués dans ces prisons-écoles du crime. C'est l'un des films importants du plus grand réalisateur anglais contemporain, Alan Clarke. 

ANALYSE:

Bienvenue en enfer

Avec son titre programmatique, Alan Clarke confronte le spectateur à ce que le gouvernement britannique des années 70 considérait comme la "pourriture" ("scum" en anglais) produite par la société. Et que faire des déchets sinon les placer dans un espace sécurisé, là où on est certain qu'ils ne pourront pas contaminer les parties saines du corps social ? La réponse de l'Angleterre de l'époque a été les "borstals", ces centres de détention pour mineurs définitivement fermés en 1982. C'est la réalité effroyablement glaçante de ce remarquable long métrage signé par un cinéaste plus radical encore que Ken Loach et Mike Leigh. Sans jugement, Clarke adopte un regard d'entomologiste sur l'environnement carcéral dans lequel il confine ses personnages : on assiste, impuissant et indigné, à l'oppression qui enserre les jeunes détenus comme un nœud coulant et à la violence insoutenable qui monte d'un cran à chaque nouvelle humiliation. Jusqu'au paroxysme d'un viol cautionné, pour ainsi dire, par les autorités. Certes, le réalisateur fustige un système répressif et déshumanisant qui n'hésite pas à interdire l'accès à la lecture et à bannir la compassion : en témoigne la scène d'une sécheresse abrupte où un jeune homme apprend la mort de sa femme par une simple lettre. Mais Clarke ne s'inscrit pas pour autant dans un cinéma de dénonciation : sa caméra dissèque les comportements humains par sa puissance d'observation et par la radicalité de la mise en scène qui limite au maximum les mouvements d'appareil, refuse les hors champs signifiants et ferme l'espace pour créer un sentiment d'étouffement.

D'une noirceur totale, Scum s'inspire sans doute d'Orange mécanique, réalisé dix ans plus tôt. Comme chez Kubrick – quoique dans un style naturaliste –, la violence institutionnelle s'exerce avant tout sur ceux-là mêmes qu'elle est censée purger de ses pulsions animales. Carlin, campé par un tout jeune Ray Winstone, souhaite au départ se fondre dans la masse et se faire oublier. Gagné progressivement par la brutalité qui imprègne les lieux, il rendra coup pour coup à ses codétenus et aux surveillants, finissant même par prendre la tête, malgré lui, d'un mouvement insurrectionnel. Refusant les effets de manche et la surenchère dans la représentation de la violence, Clarke capte constamment notre attention et signe des images qui se gravent dans notre rétine, comme ce plan sur un drap peu à peu envahi par le sang qui dissimule l'indicible horreur. Censuré par Margaret Thatcher, Scum garde aujourd'hui une force intacte. À redécouvrir de toute urgence.

Franck Garbarz

PRESSE:

"Bien que peu nombreux, ceux qui ont vu Scum lors de sa fugitive sortie française, au tout début des années 80, ont forcément le nom d’Alan Clarke quelque part dans leur mémoire. Impossible d’effacer de ses souvenirs cette chronique implacable, d’une crudité inégalée, de la vie dans une maison de redressement britannique : la violence y est omniprésente, organisée par les gardiens, relayée par les pensionnaires, violence morale, physique, sexuelle… Scum (littéralement « ordure ») a été produit par la BBC. Les responsables de la chaîne furent comme frappés de stupeur en visionnant le téléfilm terminé. La rumeur remonte jusqu’au ministère de l’Intérieur, qui fait tout pour empêcher sa diffusion, et y parvient. Qu’à cela ne tienne : Alan Clarke rameute son équipe et ses acteurs, trouve un financement privé, et retourne entièrement son film, pour le grand écran cette fois. Dans les salles obscures se trouve alors un adolescent qui pourrait bien, lui aussi, finir dans la délinquance : il s’appelle Tim Roth. Emerveillé par la prestation de Ray Winstone, ancien boxeur amateur qu’Alan Clarke a converti au métier d’acteur, l’ado, à peine sorti du cinéma, part illico s’inscrire dans un cours de comédie… Alan Clarke n’explique rien. Et ne propose aucune solution. Il se contente, sur un ­mode quasi documentaire, de montrer ce qu’il a sous les yeux. C’est-à-dire, de film en film (Made in Britain, Elephant), une ­société britannique devenue une véritable war zone – « une zone de guerre ». Les causes sont partiellement connues : l’Angleterre est déchirée par la crise économique et les inégalités sociales. Mais, en un sens, ce n’est pas son problème : Alan Clarke n’est pas un idéologue. C’est une violence ontologique, une monstruosité « naturelle » de l’homme qui semble l’intéresser. A ­côté de ses films, l’œuvre entière de Ken Loach aurait presque un petit air de production Disney."

TÉLÉRAMA