THX 1138

Affiche THX 1138

Synopsis

Au XXVe siècle, dans une cité souterraine qui ressemble à une termitière humaine où chacun s’identifie par un code de 3 lettres et 4 chiffres, THX 1138 est un technicien tout à fait ordinaire travaillant sur une chaîne d’assemblage de policiers-robots. Un jour, il commet pourtant un acte irréparable : lui et sa compagne LUH 3147 font l’amour dans une société qui l’interdit formellement. Pour THX 1138, c’est désormais la prison qui l’attend…

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Robert Duvall, la revanche du 2nd couteau

Né en 1931, l’acteur Robert Duvall est condamné pendant longtemps aux seconds rôles. Sur le tournage des Gens de la pluie de Francis Ford Coppola, il fait la connaissance de George Lucas. Celui-ci, qui n’est encore que simple assistant, se lie d’amitié avec le jeune acteur, à qui il confie le rôle principal de son premier film, THX 1138. La carrière de Robert Duvall prend ainsi son envol. Comme Robert de Niro, son partenaire dans Sanglantes confessions, l’un des films majeurs de sa carrière, Robert Duvall doit son parcours à cette génération de nouveaux cinéastes d’Hollywood apparue dans les années 70 : George Lucas, mais aussi Francis Ford Coppola qui l’engage pour jouer l’avocat des Corleone dans Le Parrain et sa suite, avant de lui confier le rôle le plus illuminé de sa carrière : celui du Lieutenant Colonel Kilgore, fou de surf en pleine guerre du Vietnam dans Apocalypse Now. « Que j’aime l’odeur du napalm au petit matin ! ». C’est avec cette réplique d’Apocalypse Now que Robert Duvall décroche en 1979 le Golden Globe du meilleur second rôle, suivi en 1983 par un Oscar pour son personnage d’ancien alcoolique dans Tendre bonheur. Au sommet de sa carrière d’acteur, il se lance dans la réalisation avec Angelo My Love, suivi des années plus tard par Le Prédicateur et Assassination Tango. Acteur totalement accompli, Robert Duvall n’hésite plus désormais à donner le meilleur de lui-même en interprétant des seconds rôles marquants auprès des plus grandes stars : Sean Penn dans Colors, Michael Douglas dans Chute libre, Denzel Washington dans John Q, et récemment Kevin Costner dans son très beau western Open Range.

Donald Pleasence, Docteur Evil

«J’avais vu beaucoup de films anglais un peu loufoques où il était excellent». Lorsque George Lucas choisit Donald Pleasance pour THX 1138, il s’agit avant tout d’un choix de cinéphile. Un crâne dénudé, des yeux bleus acier inquiétants, et pourtant un visage rond et sympathique : Donald Pleasance apporte une dimension inquiétante à chacun de ses personnages. Une qualité qui retient l’attention de George Lucas pour le personnage ambigu de SEN 5241, le camarade de chambre de THX 1138. Né en 1919, l’acteur britannique débute sur les planches du théâtre anglais. Interprète confirmé, il devient un acteur convoité d’Hollywood et apparaît ainsi dans de grands films d’aventures comme Les Aventuriers du Kilimandjaro, La Grande évasion ou Le Voyage fantastique. Mais c’est en Angleterre que Roman Polanski fait appel à lui pour sa farce Cul de sac. Il y campe un extraordinaire mari veule, certainement le rôle marquant dont se souvient George Lucas. Son interprétation d’Ernst Blofeld dans On ne vit que deux fois — visage balafré, chat persan sur les genoux — en fait aussi un méchant de James Bond légendaire, dont Mike Myers s’inspire pour son Docteur Evil dans Austin Powers. Ironie suprême : ayant avant tout fondé sa carrière sur des personnages maléfiques, Donald Pleasance achève celle-ci par une figure positive, celle du Dr Loomis traquant inlassablement le célèbre tueur de la série d’Halloween.

Maggie McOmie, La compagne courageuse

Récemment diplômée d’art dramatique au collège d’Etat de San Francisco, Maggie McOmie était en début de carrière lorsqu’elle décrocha le rôle de LUH 3417, et elle ne vit aucun inconvénient à se raser la tête et à tourner nue dans la scène d’amour avec Robert Duvall. « J’ai passé beaucoup de temps à sonder les actrices sur ce point, raconte George Lucas. C’était un rôle minimaliste mais il était dur».

The George Lucas Director's Cut

Pour lancer en 1969 sa nouvelle société de production American Zoetrope, Francis Ford Coppola convainc la Warner Bros de financer THX 1138, dont le budget se monte à 777 777, 77 dollars (le chiffre fétiche de Coppola étant le 7). Face au résultat final qui reflète la vision de George Lucas, la major demande que le film lui soit retiré. En 1971, THX 1138 sort en salle avec un montage non approuvé par son auteur. Des années plus tard, après avoir construit un véritable empire commercial, George Lucas reprend son ouvrage. Après la première trilogie de La Guerre des étoiles, c’est au tour de THX 1138 de bénéficier en 2004 d’un véritable lifting. Les images et les sons dans le film sont restaurés et retouchés. Avec l’aide de sa société d’effets spéciaux ILM, George Lucas ajoute de nouveaux plans numériques : une chaîne d’assemblage de robots, un plan du métro dans la cité souterraine, des monstres aux abords de la surface, rendant encore plus réaliste ce monde de demain. Il peut être enfin satisfait. Sa vision du futur, plus moderne que jamais, est désormais respectée.

Un documentaire du futur

THX 1138 s’inscrit dans la lignée de la science-fiction d’anticipation sociale inaugurée par H.G. Wells, prolongée en littérature par Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley et 1984 de George Orwell. Au cinéma, Fritz Lang lui donne ses lettres d’or au temps du muet avec Metropolis. A la fin des années 60, ce courant plus adulte de la science-fiction s’épanouit au sein d’Hollywood avec des films comme La Planète des singes ou 2001 l’odyssée de l’espace. Une nouvelle ère s’annonce pour le film d’anticipation. Soutenu par Francis Ford Coppola, George Lucas profite de la tendance pour transformer son court-métrage d’école THX 1138 4EB en long-métrage produit par la Warner. « The Future is coming » prédit la bande-annonce originale de THX 1138 à sa sortie en 1971. Le film se présente comme une parabole sur l’état du monde à l’époque. George Lucas se lance dans ce qu’il appelle de la « science-fiction sociologique ». Son futur naît d’un présent qu’il observe avec le regard aiguisé d’un ancien étudiant en anthropologie. Au temps des cheveux longs, des drogues prohibées et de l’amour libre, George Lucas imagine une société du futur où tous ont le crâne rasé, où la prise de drogue est obligatoire et l’accouplement interdit. Envisageant son film comme un documentaire, il tourne entièrement à San Francisco en décors réels, dans des souterrains, des laboratoires et des tunnels en construction. Univers concentrationnaire, policiers-robots, individus conditionnés : THX 1138 reflète la colère des jeunes Américains des campus à la fin des années 60, luttant contre l’oppression, le totalitarisme, les états policiers. A la sortie du film, George Lucas déclare : « Je voulais montrer que le pouvoir est devenu si fort, si vaste, si bureaucratique qu’on ne peut le localiser. Personne ne sait qui gouverne le système ». C’est dire combien le film conserve encore aujourd’hui toute la pertinence de sa démonstration. Comme l’affirme Steven Spielberg lui-même, THX 1138 reste tout simplement parmi les meilleurs films de science-fiction jamais réalisé.

De THX 1138 à la Guerre des Etoiles : la naissance d'un mythe

Lorsqu’il réalise La Guerre des étoiles en 1977, Georges Lucas n’a alors que deux films à son actif : American Graffiti et THX 1138.Premier film de science-fiction de son auteur, THX 1138 est à la source d’une des sagas cinématographiques les plus mythiques du XXe siècle. Né en 1944 à Modesto, Californie, le jeune George Lucas n’aspire qu’à quitter sa ville natale trop petite. THX 1138 naît de ce sentiment d’enfermement. Cloisonné dans sa cité souterraine, THX 1138 rêve de s’évader à la surface, comme Luke Skywalker rêve de quitter sa planète Tatouïne au début de La Guerre des étoiles. Les deux films racontent la même trajectoire, celle de Lucas lui-même. Mécanicien rêvant de devenir pilote automobile, George Lucas opte pour des études de cinéma après un grave accident automobile. Dans la séquence de poursuite finale en voiture de THX 1138 subsiste ce goût pour l’ivresse de la vitesse, qui domine toute la saga de La Guerre des étoiles, de la poursuite anthologique en speeder dans Le Retour du Jedi à la course de pods dans Star Wars : épisode I - La menace fantôme. Pendant ses études à la University of South California (USC), George Lucas réalise des films d’avant-garde abstraits. Dans THX 1138, il partage avec son camarade d’université Walter Murch ce goût pour l’expérimentation. Le film sert de laboratoire de trouvailles sonores, sans lequel le son inoubliable de l’épée laser ne serait pas ce qu’il est dans La Guerre des étoiles. Après que son premier film THX 1138 a été rejeté par la Warner Bros, George Lucas rêve d'affirmer son indépendance auprès des grands studios hollywoodiens. Il fonde sa propre société de production Lucasfilm Ltd., qui lui permettra de garder la main mise sur la saga de La Guerre des étoiles, qui fonde son empire, et sur ses brevets techniques comme le son THX, dont le succès accroît sa fortune. George Lucas allie donc une culture de drugstore — Science fiction à la Buck Rogers, voitures et vitesse — et d’université contestataire, dont THX 1138 est la parfaite illustration. La combinaison des deux donne le meilleur du cinéma : La Guerre des étoiles, ou le triomphe de l’imaginaire sur celluloïd.